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  • : LA CONSTITUTION EN AFRIQUE est un espace d’expression, de réflexion et d’échanges dédié au(x) droit(s) constitutionnel(s) en mutation dans cette partie du monde
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  BOLLE STEPHANE 

Stéphane BOLLE

Maître de conférences
HDR en droit public
Université Paul Valéry - Montpellier III 
 

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La Constitution en Afrique est un espace d'expression, de réflexion et d'échanges dédié au(x) droit(s) constitutionnel(s) en mutation dans cette partie du monde.
Ce site propose un regard différent sur l'actualité constitutionnelle foisonnante des pays africains. Il ne s'agit pas de singer les gazettes ou les libelles, de s'abîmer dans une lecture partisane des constitutions, des révisions, des pratiques et des jurisprudences. Sans angélisme ni scepticisme, il urge d'analyser, en constitutionnaliste, une actualité constitutionnelle largement méconnue et passablement déformée.
La Constitution en Afrique se conçoit comme l'un des vecteurs du renouvellement doctrinal qu'imposent les changements à l'œuvre depuis la décennie 1990. La chose constitutionnelle a acquis dans la région une importance inédite. Il faut changer de paradigme pour la rendre intelligible ! C'est d'abord au constitutionnaliste de jauger le constitutionnalisme africain contemporain, ses échecs - toujours attestés -, ses succès - trop souvent négligés. Sans verser ni dans la science politique, ni dans un positivisme aveugle, le constitutionnaliste peut et doit décrypter la vie constitutionnelle, en faisant le meilleur usage des outils de la science actuelle du droit.
La Constitution en Afrique est enfin un forum, un lieu ouvert à la participation des chercheurs débutants ou confirmés qui souhaitent confronter leurs points de vue. N'hésitez pas à enrichir ce site de commentaires, de réactions aux notes d'actualité ou de lecture, de billets ou de documents. Vos contributions sont attendues.

Au plaisir d'échanger avec vous

 

 

Stéphane BOLLE
Maître de conférences HDR en droit public
Université Paul Valéry - Montpellier III

 

24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 16:30

Faîte par des hommes pour des hommes, toute constitution souffre d’imperfections. Les constitutions africaines n’échappent pas à la règle. Elles contiennent, elles aussi, « certaines bizarreries » qui « proviennent de la rédaction même de la Constitution car son texte n’est pas exempt d’erreurs, de contradictions et de lacunes »[1]. Après "L'impossible destitution du président centrafricain" et "L'étrange régime des règlements des assemblées", le présent billet se propose d’en identifier quelques unes.

 

Lisez la suite ICI

 

 

Stéphane BOLLE

Maître de conférences HDR en droit public

http://www.la-constitution-en-afrique.org/


[1] François LUCHAIRE, « Douze bizarreries constitutionnelles – bien françaises », in Mélanges Gérard Conac, Paris, Economica, 2001, p. 151.

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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 08:02

LA CONSTITUTION EN AFRIQUE , pour poursuivre la discussion ouverte par le billet "Aux anciens présidents, la nation reconnaissante...", vous invite à lire et à commenter sans modération un extrait de la thèse « Le pouvoir exécutif dans le constitutionnalisme des Etats d’Afrique » d’Ismaïla Madior FALL, professeur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar


 

La sécurisation des anciens chefs d'Etat


 

Au plaisir d’échanger

 

 

Stéphane BOLLE

Maître de conférences HDR en droit public

http://www.la-constitution-en-afrique.org/



Cette thèse est parue aux éditions L’Harmattan, à l’automne 2008.

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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 11:13


Consacré à « La démocratie en Afrique », le n°129 de la revue Pouvoirs – dotée d’un
précieux site internet depuis l’automne 2008 – vient de paraître. Cela faisait un quart de siècle que l’Afrique n’avait pas été à l’honneur dans cette excellente revue française d’études constitutionnelles et politiques : en 1983, le n°25 traitait des « pouvoirs africains », du temps du parti unique et de la dictature ; en 2009, le n°129 traite des changements à l’œuvre depuis la chute du mur de Berlin, au temps du multipartisme et de la démocratie.

Très loin des fadaises anachroniques de Rodolfo Sacco, six politistes et six juristes, connus des milieux africanistes, offrent un remarquable condensé de ce qui s’écrit sur les évolutions récentes de la chose publique en Afrique (cf le
sommaire en ligne). Les contributeurs mettent l’accent, pour reprendre les propos introductif (Babacar GUEYE), sur les « succès » - trop souvent mésestimés – et les « résistances » - sans cesse relatées – de la construction d’un Etat de droit et de démocratie pluraliste. Ils font un bilan contrasté des performances africaines en matière d’élections disputées (Dodzi KOKOROKO et Djedjro Francisco MELEDJE), d'alternance démocratique (Vincent FOUCHER), de justice (Papa Oumar SAKHO) et de droits de l’homme (Alioune Badara FALL) ; le modèle béninois de justice constitutionnelle (Théodore HOLO) et celui sud-africain de démocratie constitutionnelle (Xavier PHILIPPE) sont rapportés ; les trajectoires de la démocratie en Afrique sont analysées (Jean-François BAYART, Patrick QUANTIN et Lionel ZINSOU) ; et la sempiternelle question du mimétisme post-colonial est reprise (Jean DU BOIS DE GAUDUSSON).

D’une grande richesse, le n°129 de la revue Pouvoirs fera date.

 

Qu’il soit néanmoins permis d’exprimer quelques regrets. Concises – format de la revue oblige -, les contributions font une place relativement marginale à des études de cas et, en particulier, à la jurisprudence constitutionnelle et électorale ; et le souci de théoriser l’emporte souvent sur la didactique du fait constitutionnel, prisée par votre serviteur. Par ailleurs, s’il n’y a pas lieu de verser dans un afro-optimisme béat, les pratiques positives, les réussites de la démocratie en Afrique, auraient mérité une attention davantage soutenue. Le lecteur néophyte du n°129 de la revue Pouvoirs ne risque-t-il pas de retenir du panorama proposé que les présidents africains « bricolent » avec la doxa démocratique et s’abîment dans des usages pervers du droit, avec la complicité, passive ou active, des parlementaires et des juges ? Sauf, peut-être, en Afrique du Sud et au Bénin…

 

Pour toutes ces raisons, la lecture réflexive de « La démocratie en Afrique » est fortement recommandée. Votre site, LA CONSTITUTION EN AFRIQUE, mettra volontiers en ligne les commentaires avisés qu’elle suscite.

 

Au plaisir d’échanger

 

Stéphane BOLLE
Maître de conférences HDR en droit public
http://www.la-constitution-en-afrique.org/



Votre serviteur a eu l’occasion de souligner, d’une part, que les études africaines occupent une place plutôt réduite dans les travaux académiques (cf. "Renouveau du droit constitutionnel. Et l'Afrique?" et  "L'Afrique parent pauvre du 7° congrès de l'AFDC"), d’autre part, que les chapitres « Afrique » des ouvrages juridiques généraux, lorsqu’ils existent, ne sont pas à jour et/ou offrent une vision singulièrement rabougrie de cette partie du monde constitutionnel (cf. "L'Afrique dans les manuels de droit constitutionnel").

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 17:18

 


 


Il faut un statut aux anciens présidents africains !

Telle est la pétition de principe qui fait consensus chez les politiques comme chez les universitaires, depuis le début de la transition à l'Etat de droit et de démocratie pluraliste, dans la décennie 1990. Si sa concrétisation reste timide, son actualité ne se dément pas : la conférence internationale de Cotonou (23-25 février 2009) n’a pas manqué de réaffirmer qu’il s’agissait de l’un des défis de l’alternance démocratique; au Bénin, vient d’être déposée sur le bureau de l'Assemblée Nationale par le député Epiphane Quenum de la Renaissance du Bénin, le parti de l’ex-Président Nicéphore Soglo (1991-1996), la proposition de loi du 2 mars 2009 portant statut des personnalités ayant assuré de hautes fonctions de l'Etat en République du Bénin  ; et à Madagascar, après le changement à la tête de l’Etat, les assises nationales des 2-3 avril 2009 viennent de recommander l’élaboration d’un « statut des anciens Chefs de l’Etat ».

 

Pour autant, ce choix de politique constitutionnelle mérite un examen approfondi propre à en jauger les vices et les vertus. Une ébauche de cet exercice sera proposée dans les lignes qui suivent, ICI sur LA CONSTITUTION EN AFRIQUE


Stéphane BOLLE

Maître de conférences HDR en droit public
http://www.la-constitution-en-afrique.org/

 

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 08:54

 

« Qui veut trop embrasser mal étreint ». C’est le vieil adage qui vient à l’esprit après la lecture de Le droit africain. Anthropologie et droit positif, Paris, Dalloz, 2009, le dernier ouvrage de Rodolfo SACCO, professeur émérite de l'Université de Turin, Docteur honoris causa des Universités de Genève, McGill de Montréal, Toulon et Panthéon-Assas, professeur et président de l'Université nationale somalienne de 1969 à 1973.

 

Selon la quatrième de couverture, « Nourri de réflexions anthropologiques, ethnologiques, philosophiques, historiques ou politiques élaborées lors des nombreux séjours d’immersion du grand comparatiste Rodolfo Sacco sur le continent africain, Le droit africain se présente comme un cours vivant, adressé par un passionné de l’altérité à l’étudiant qui se préparerait à se plonger dans une réalité aussi riche que mystérieuse.

Il ne faudrait pas rechercher dans cette œuvre de Rodolfo Sacco un traité descriptif des droits positifs des Etats africains. Son accueil dans la collection « A droit ouvert » en dissuade, au demeurant. Que l’on se garde, en revanche, de n’y voir qu’un guide touristique ! La place faite à l’interdisciplinarité dans cette étude est la signature de l’approche culturaliste et contextualiste menée au sein de l’Ecole de Turin, dont Rodolfo Sacco est le père intellectuel ».

 

Dithyrambique, une telle présentation ne manquera pas d’attirer l’attention de l’apprenti comparatiste comme du chercheur confirmé, pressé d’explorer la terra incognita du monde juridique contemporain. Il n’en demeure pas moins que Le droit africain, en son chapitre 2. Le droit africain au commencement du XXI° siècle, livre une vision singulière, déformée et datée du droit constitutionnel du continent.

 

Sous le titre I ~ LE NOUVEAU CONSTITUTIONNALISME AFRICAIN, p. 219 à 226, Rodolfo Sacco s’abîme dans une caricature du droit constitutionnel africain d’hier. Il surexploite une bibliographie univoque des années 1970 et 1980 ; il mentionne bien quelques références postérieures, mais elles sont tronquées des travaux majeurs faisant état des avancées et reculs des transitions démocratiques de la décennie 1990.

 

La phrase introductive donne le ton : « Les constitutions africaines, adoptées sur le modèle européen, n’ont pas résisté – ce qui est normal – à l’environnement africain ». Autrement dit, l’Afrique serait toujours la terre d’élection du mimétisme aveugle et de l’a-constitutionnalisme. Une analyse (très) critique de ce type est éminemment respectable, si elle porte sans conteste sur toutes les facettes de la chose constitutionnelle d’aujourd’hui. Le droit africain verse, lui, dans une certaine superficialité et dans l’anachronisme.

 

Comment peut-on rendre compte sérieusement en 2009 de A~ La primauté de la Constitution, pp. 220-221, sans signaler l’attachement affiché à l’Etat de droit, les catalogues – prolixes – des droits fondamentaux ou encore l’introduction de la justice constitutionnelle ? A lire Rodolfo Sacco, l’Afrique du début du XXI° siècle est rongée par les coups d’Etat légitimés par la « mentalité africaine » ; d’ailleurs, « En résumé en Afrique, il est statistiquement normal que le pouvoir politique soit acquis par le biais d’un coup de force » ; et la constitution africaine, résultat d’un coup d’Etat, ne masquerait qu’une même essence « (pouvoir totalitaire du parti unique, élection aux fonctions opérée par le parti ou précédée par un plébiscite en faveur des candidats uniques indiqués par le parti) » sous « des noms variés, comme nationalisme, socialisme ou authenticité africaine ». Comment Rodolfo Sacco peut-il ignorer la fin des partis uniques et des idéologies officielles, le multipartisme et les élections concurrentielles qui, sans effacer l’hypothèque d’un coup d’Etat ni instaurer la démocratie et l’Etat de droit d’un coup de baguette magique, ont substantiellement changé la donne ?

 

Le droit africain viendra, à coup sûr, nourrir, dans les milieux académiques et au-delà, le scepticisme, les préjugés, voire le rejet, que suscite(nt) trop souvent le(s) droit(s) constitutionnel(s) dans cette partie du monde. C’est pourquoi j’invite les fidèles et les visiteurs de LA CONSTITUTION EN AFRIQUE à déconstruire le droit (constitutionnel) africain de Rodolfo Sacco, pour vulgariser une approche constitutionnaliste, actualisée et davantage équilibrée.

 

 

Stéphane BOLLE

Maître de conférences HDR en droit public

http://www.la-constitution-en-afrique.org/

 

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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 08:25



Mardi 20 janvier 2009, Barack Obama est devenu le 44ème président des Etats-Unis d’Amérique après avoir prêté serment - en présence d'une foule immense, devant le Capitole, et sur la bible d’Abraham Lincoln - comme le prescrit l'article II section 1 de la Constitution de 1787:


"Je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des États-Unis et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis."

 

Historique, l’investiture du premier afro-américain donne l’occasion de réfléchir sur le rituel constitutionnel observé dans les républiques d’Afrique noire francophone lors de l’entrée en fonctions du chef de l’Etat.

 

Sur le modèle américain[1], presque toutes les constitutions exigent du Président de la République qu’ils prêtent serment. Pour autant, elles ne copient pas la Constitution de 1787 : la formule du serment est beaucoup plus longue ; le cérémonial est souvent décrit de manière très détaillé ; et le Président parjure s’expose, en général, à être traduit en Haute Cour de Justice. Il suffit pour s’en convaincre de lire, à titre d’exemples, les articles 53 et 74 de la Constitution du Bénin de 1990, l'article 44 de la Constitution du Burkina Faso de 1991, les articles 12 et 78 de la Constitution gabonaise de 1991, ou encore les articles 39 et 118 de la Constitution du Niger de 1999.
 

Ces incontestables différences s’expliquent, par un certain contexte, par le projet de construction d’un Etat de droit et de démocratie pluraliste, exemplaire sur la morale publique, dans des pays africains où le « vivre ensemble » reste un défi. Elles manifestent aussi le souci de chaque constituant de puiser dans le vieux fonds coutumier pour crédibiliser son oeuvre. C’est ce que je mettais en exergue, s’agissant du Bénin, dans ma thèse en 1997.

 

Il est aujourd’hui constant que les opposants africains, non sans instrumentaliser le droit, exploitent la généralité du serment constitutionnel du Président pour contester ses actes, même licites, voire virtuels comme l'initiative d'une révision de la Constitution au Niger. Figure imposée de la scène publique contemporaine, une contestation de ce genre n’a pas connu – et ne connaîtra pas avant longtemps - un débouché constitutionnel, car la minorité politique est très logiquement privée du droit de destituer, seule, le Président de la République.

 

Faut-il en déduire que le serment imposé au Président en Afrique par des constitutions syncrétiques ne sert à rien ?

 

Stéphane BOLLE

Maître de conférences HDR en droit public

http://www.la-constitution-en-afrique.org/



[1] Il faut se défaire de la représentation très répandue selon laquelle chaque constitution africaine francophone ne serait que la pale copie de l’une des versions de la Constitution française du 4 octobre 1958. Un examen attentif des textes permet de déceler d’autres influences. Si certains commentateurs considèrent qu’en France la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 a abouti à une relative « américanisation » de la V° République, il faut noter que l’obligation pour le nouveau Président de la République de prêter serment est inconnue en droit positif.

 

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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 15:40

La fin de l’année 2008 a été grosse d’annonces, de rumeurs et d’interrogations sur les révisions constitutionnelles en chantier. Elle augure une année 2009 mouvementée, où les débats et confrontations en tous genres devraient se multiplier, au profit ou aux dépens de l'enracinement d'un Etat de droit et de démocratie pluraliste. Faut-il s’attendre à ce qu’adviennent des révisions dangereuses des constitutions africaines, qui restent à la merci du pouvoir de révision souverain ? D’autres lois fondamentales seront-elles amendées avec pour seul enjeu la pérennisation du Chef de l’Etat[1] ?

 

LA CONSTITUTION EN AFRIQUE vous propose de faire un tour d’horizon.


Lire la suite ICI

Bonne et heureuse année à tous et à chacun(e) !

 

Stéphane Bolle

Maître de conférences HDR en droit public

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[1] André CABANIS et Michel Louis MARTIN, « La pérennisation du Chef de l’Etat : l’enjeu actuel pour les constitutions d’Afrique francophone », in Mélanges Slobodan Milacic, Bruxelles, Buylant, 2007, p. 343 et s..

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 12:44



Les africains ont-ils fait leurs les prescrits de la déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 ? En ce soixantième anniversaire de la déclaration, la réponse paraît devoir être négative. Des faits accablants n'ont de cesse d'être rapportés par les observateurs et défenseurs des droits humains. Amnesty international constate, dans son livret commémoratif, « [qu']Un fossé entre les promesses de ce texte et les violations massives des droits humains existe, [que] l'égalité et la justice pour toutes et tous, dans le monde entier, reste à atteindre ». L'Afrique illustre à souhait cet insupportable hiatus entre de généreuses proclamations et des droits constamment bafoués
[1]. Récemment, le rapport de Human rights watch sur la situation en République démocratique du Congo a fait état d'inqualifiables exactions, dont sont toujours victimes nombre d'africains au 21ème siècle. L'origine occidentale de la déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 ne constitue pas le facteur explicatif déterminant, car, comme l'écrit le Vice-Président de la FIDH, « Tantôt qualifiés de postmodernes, dépassant les clivages idéologiques totalisant de la gauche comme de la droite, tantôt taxés de nouvelle religion civile au parfum néocolonial, les droits de l'Homme sont plutôt pour nous une merveilleuse construction humaine, juridique certes, mais dynamique dans sa constante évolution à travers les déclarations et énonciations historiques successives, favorisant les combats politiques majeurs pour porter au plus haut niveau l'émancipation et l'effectivité de la dignité humaine. Ils ne doivent donc pas être vus comme un nouveau catéchisme, une parole absolue, ou encore une rhétorique creuse ».

 

Depuis la chute du mur de Berlin, les constitutions africaines participent à ce mouvement, au perfectionnement continu du droit des droits de l'homme. C'est ainsi que, loin d'imiter la France, les lois fondamentales d'aujourd'hui comportent de notables avancées, des mécanismes et des institutions propres à mieux assurer le respect de la déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948. Ainsi, elles « procèdent à une reconnaissance dure et granitique des droits fondamentaux »[2], au travers notamment de l'incorporation de la Déclaration universelle de 1948. Ce procédé spectaculaire, inconnu en droit constitutionnel français, donne un surcroît de légitimité aux Etats de droit démocratiques en construction et étend sensiblement le bloc de constitutionnalité, sur le plan quantitatif et qualitatif. La constitutionnalisation de la charte internationale des droits de l'homme pose, certes, la question de savoir comment cette charte s'articule avec les longues « déclarations » nationales des droits incluses dans le corps même des constitutions. Mais elle informe que le droit africain des droits de l'homme ne souffre pas d'incomplétude puisque c'est sa sophistication qui peut être source de difficultés juridiques. Dans le même ordre d'idées, il n'est pas rare que le constituant africain multiplie les institutions, en capacité juridique d'assurer une protection convenable des droits humains. Aux juridictions constitutionnelles, expressément chargés d'imposer au législateur, voire au pouvoir exécutif, le respect de la Constitution sociale, s'ajoutent souvent des commissions ou médiateurs, aux statuts et fonctions les plus variés, oeuvrant à la promotion et/ou à la garantie des droits. Ces dispositifs ont l'incontestable mérite d'exister, même si certains perfectionnements pourraient être apportés.

 

Dès lors, il convient de ne pas s'abîmer dans une critique virulente du droit positif. Imputer à de prétendues malfaçons des textes constitutionnels africains les violations - majeures ou vénielles - de la déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948, c'est négliger l'application du droit. Le constitutionnaliste ne saurait oublier que « si le droit dit ce qu'il faut faire, il ne dit pas ce qu'on en fera »[3].

 

Stéphane BOLLE

Maître de conférences HDR en droit public

http://www.la-constitution-en-afrique.org/



[1] René DEGNI-SEGUI, Les droits de l'homme en Afrique noire francophone, Théories et réalités, 2ème éd., Abdijan, CEDA, 2001

[2] Luc SINDJOUN « Les nouvelles constitutions africaines et la politique internationale : contribution à une économie internationale des biens politico-institutionnels », Afrique 2000, Mai 1995, n°21, p. 39.

[3] Georges VEDEL, « Le Hasard et la Nécessité », Pouvoirs n°50, 1989, pp. 27-28.

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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 09:51

 

Rapport 2008 pratiques francophonie 

LA CONSTITUTION EN AFRIQUE, aux lendemains du XII° sommet de la Francophonie (17-19 octobre 2008), vous invite à tirer, en ligne, toutes les leçons de droit constitutionnel du

 

RAPPORT 2008 SUR L'ETAT DES PRATIQUES DE LA DEMOCRATIE, DES DROITS ET DES LIBERTES DANS L'ESPACE FRANCOPHONE

 

, un rapport rédigé sous la direction du Délégué à la Paix, à la Démocratie et aux Droits de l'Homme de l'Organisation Internationale de la Francophonie (source : http://democratie.francophonie.org/Rapport_Observatoire_2008/index.htm)

 

 

Ce rapport met en exergue les difficultés rencontrées et les progrès enregistrés dans la construction d'un Etat de droit et de démocratie pluraliste. Vous observerez que sont à l'honneur le Bénin et le Mali, deux pays qui ont mis en chantier la réforme de leurs constitutions (voir ° Installation de la Commission GLELE. Le Bénin va toiletter sa Constitution de 1990 et ° Le Mali va relire sa Constitution de 1992). Les performances réalisées seront-elles confortées ou mis en cause par les révisions constitutionnelles à venir (voir ° Réviser pour parfaire la Constitution du Bénin et * Toilettage ou nouvelle Constitution au Bénin?), suggérées par des commissions d'experts dont les conclusions n'ont pas encore été rendues publiques ?


Bonne lecture ! Bon débat !

 

Stéphane BOLLE
Maître de conférences HDR en droit public
http://www.la-constitution-en-afrique.org/


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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 13:57

LA CONSTITUTION EN AFRIQUE a le plaisir de vous proposer, avec l'aimable autorisation de l'auteur, une réflexion d'Albert TEVOEJRE, Professeur de Science Politique, ancien Secrétaire Général Adjoint de l'Organisation des Nations Unies, réflexion parue dans Jeune Afrique du 4 août 2008 :




ZIMBABWE : QUELLE AUTRE SOLUTION ?

 

Par Albert TEVOEDJRE[*]



La crise du Kenya a accouché d'une solution inventée par Kofi ANNAN, qui a permis de gérer une situation périlleuse par le biais d'un arrangement bancal sans doute, mais provisoirement efficace.

 

 

La solution kenyane pouvait se comprendre et se défendre. Les élections avaient été menées à leur terme. Les résultats, contestables, affichaient des chiffres qu'il fallait vérifier plus minutieusement. Le climat des violences à responsabilité partagée ne permettait aucune décision électorale définitive et convaincante.

Dans un tel schéma, l'ingénieuse trouvaille de Kofi ANNAN pouvait signifier : « la raison » qui ne tourne pas le dos à la vérité politique. Le partage devenait l'unique issue acceptable par tous.

 

Au Zimbabwe, les réalités sont totalement différentes.

Il y a eu un premier tour de l'élection présidentielle, un premier tour clairement gagné par un opposant que beaucoup d'observateurs estimaient déjà élu.

Devant cette situation, le parti au pouvoir qui impose un deuxième tour, déclenche une guerre atroce qui obstrue et empêche le processus électoral d'aller normalement à son terme.

 

Pour tout observateur honnête, MUGABE ne peut être reconnu légitimement réélu Président du Zimbabwe. C'est à une tragique farce que nous avons assisté puisque le processus électoral a été violemment détourné au profit d'une grossière parodie de plébiscite.

Dans les débats à huis clos au dernier sommet de l'Union Africaine à Charm el -Cheikh , ce point de vue est clairement apparu. Et c'est bien aussi ce qui rend la communauté internationale particulièrement sévère.

On ne peut donc pas répéter, au Zimbabwe, la solution kenyane. Cela constituerait un précédent fâcheux et un risque majeur pour tout le continent.

Imaginez, par exemple, un Sénégal ou un Bénin avec un Abdou DIOUF ou un Mathieu KEREKOU refusant le verdict des urnes, s'entourant d'une horde de miliciens et de mercenaires enragés pour contraindre Abdoulaye WADE ou YAYI Boni à se muer en « Premier Ministre », par le truchement d'arrangements internationaux médiocres. Qu'aurions-nous dit et qu'aurions-nous fait ? Or, ce scénario ne sera plus à exclure si la crise du Zimbabwe n'est pas davantage circonscrite et plus adroitement gérée.

 

Alors, je pense qu'il faut sortir de l'impasse d'un mimétisme dangereusement mécanique et inventer un autre chemin qui soit à la fois intelligent, crédible et républicain.

 

Dans le cas du Zimbabwe en effet, la vérité historique nous force à reconnaître que Robert MUGABE est le père légitime de la Nation, le fondateur incontesté de la République, l'unique vrai représentant vivant de tous ceux qui s'illustrèrent dans la longue lutte qui fit notre fierté.

Il a combattu le bon combat de l'indépendance et de la dignité. Il a triomphé vaillamment de Ian SMITH et de sa raciste et meurtrière arrogance. Il a reconquis pour les siens la terre de leurs ancêtres.

Le reconnaître n'a rien d'humiliant pour un démocrate sincère.

En revanche, il est tout aussi clair que l'usure du pouvoir, les rides dissimulées ou non qu'inflige à chacun de nous l'irréparable outrage d'un calendrier parfaitement inexorable, la misère accusatrice d'un peuple accablé par l'inflation et des atrocités de toutes sortes , les dures vérités d'un suffrage universel absolument impitoyable, tout cela commande à MUGABE de ne plus trop insister, de ne plus chercher à se prévaloir des prérogatives d'un pouvoir qui lui a déjà échappé.

 

A mon humble avis, la meilleure issue,  dans ce cas,  pourrait  être soit une révision de la Constitution du Zimbabwe, soit l'adoption d'une loi spéciale consacrant l'existence d'un Président Fondateur de la République, reconnu comme tel toute sa vie avec les privilèges, les honneurs et la considération qui lui sont dus.

 

Cette fonction officielle et constitutionnelle lui permettrait de signifier l'Histoire, d'être le garant de la continuité de la lutte pour l'indépendance et l'inspirateur des meilleurs choix possibles pour l'avenir du pays et de l'Afrique.

 

C'est le rôle non constitutionnalisé que joue aujourd'hui Nelson MANDELA en Afrique du Sud. C'est ce rôle qu'il convient de faire accepter à Robert MUGABE, qui ne peut plus, qui ne doit plus exercer un pouvoir exécutif qu'il détient depuis bientôt trente années.

 

Ce pouvoir exécutif doit être confié à un Président de la République démocratiquement élu et Chef d'un gouvernement qui gère le pays et le conduit selon les normes républicaines.

Voilà une petite idée. On pourrait l'améliorer...

Pourquoi ne pas tenter aussi une telle approche ?

 

MUGABE, Président à vie, comme Fondateur de la République, Sage grand Ancien de 85 ans, reconnu, honoré et respecté de tous, cela durera le temps qu'il faudra. Mais, l'aurions-nous oublié ? « Qu'est-ce que dix ans, qu'est-ce que vingt ans, puisqu'un seul instant les efface ! »

 

Mieux, avec Aimé Césaire, je veux renchérir : « Ma seule consolation est que les colonisations passent, que les nations ne sommeillent qu'un temps et que les peuples demeurent ». La colonisation a passé. Le temps de MUGABE, hier révolution triomphante, aujourd'hui, langoureux crépuscule, ferme lentement une petite parenthèse dans l'histoire qui se poursuit.

 

Vive donc le peuple du Zimbabwe à la tête ou au cœur d'une Afrique qui marche.

 

Oui, il y a, pour ce douloureux  pays, une autre solution, plus juste, plus courageuse et certainement plus digne de nous !

                                                                                              A. T.

 

                                                    

 

 

  



[*]  Professeur de Science Politique

Ancien Secrétaire général adjoint des Nations Unies

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